Alerte au mercure
En 2009, France Nature Environnement a mené une campagne nationale sur les pollutions au mercure dans l'environnement. Cette opération est la déclinaison française d'une campagne portée au niveau mondial : la campagne "Zero Mercury". Pour France Nature Environnement, la mission est de surveiller les pollutions au mercure dans une catégorie particulière d'industrie, celle de la production de chlore.
Coordonnée au niveau européen par le Bureau Européen de l'Environnement, basé à Bruxelles et dont FNE est membre, la campagne comprend 2 volets essentiels : dresser l'état des lieux de la réglementation sur le mercure en France, et mener une campagne d'analyse autour des sites industriels concernés pour évaluer la contamination locale dans l'air, l'eau, les sols, etc.
Notre objectif : réduire les émissions de mercure partout où c'est possible, surtout lorsque les alternatives techniques existent, ce qui est le cas de l'industrie du chlore.
Notre objectif : réduire les émissions de mercure partout où c'est possible, surtout lorsque les alternatives techniques existent, ce qui est le cas de l'industrie du chlore.
Interdit en France en 1998 pour les thermomètres médicaux, le mercure est toujours utilisé dans la production du chlore et pour les amalgames dentaires. Toxique pour l’homme et la nature, ce métal lourd continue à contaminer notre environnement.
Le réseau Risques Industriels de FNE a donc oeuvré toute l'année 2008 pour dresser le tableau complet des lois, règlements, engagements internationaux de la France sur le sujet des pollutions au mercure et de son utilisation dans l'industrie. En parallèle, nous nous sommes déplacés en France avec notre instrument de mesure pour "tracer" le mercure autour des sites de production de chlore.
Il est ressorti de ce travail un rapport complet sur la situation que vous trouverez ci-dessous à la rubrique "En savoir plus".- Le constat était sans appel pour plusieurs sites : une contamination historique très lourde et des rejets encore considérables aujourd'hui.
Des résultats troublants
Sur certains sites, FNE a constaté des pics de mercure à 20 761 nanogrammes par mètre cube d’air. Rappelons que le taux naturel de mercure dans l’air ambiant est compris entre 1 et 4 nanogrammes par mètre cube d’air. A cela s’ajoute un bruit de fond continu atteignant, sur certains sites, les 300 nanogrammes par mètre cube d’air.
Les riverains de ces sites sont donc exposés en permanence à des émanations de mercure, et cette exposition chronique au mercure n’est pas sans conséquence. Le mercure s’attaque au système nerveux central et provoque des dégénérescences neurologiques. Il vient s’ajouter à la longue liste des polluants que subissent les habitants des plates-formes chimiques. Alors que cette exposition pourrait être évitée par l’emploi de technologies sans mercure, et beaucoup moins énergivores.
Une réglementation française trop faible
En examinant la réglementation en vigueur pour les rejets de mercure dans l’industrie du chlore, France Nature Environnement a aussi constaté un report de 10 ans sur un engagement initial à abandonner la technologie en 2010.
De plus, en faisant une interprétation stricte de la directive européenne IPPC de 1996, l’arrêt des procédés au mercure dans l’industrie du chlore aurait pu être réalisé des 2007. Bilan des courses, pas de conversion imposée, mais des objectifs de réduction progressive des émissions. Ainsi, d’ici a 2020 les citoyens vont continuer a subir des émanations de mercure en toute légalité.
Nos demandes sur ce dossier sont simples :
- les technologies alternatives existent et sont éprouvées dans de nombreux pays, il faut donc convertir sans plus attendre les 6 sites industriels encore en fonctionnement en France
- évaluer, quantifier la part de pollution historique (l'accumulation des pollutions pendant des décennies) de chaque usine
- prévoir, planifier des programmes de dépollution des sols et, le cas échéant, des eaux - mettre en place une réelle politique de sensibilisation et d'information des populations riveraines sur les dangers du mercure
- mener des études épidémiologiques auprès des travailleurs et des populations potentiellement impactées - que le gouvernement français se dote d'une réelle politique de réduction importante de toutes les sources de contamination au mercure (amalgames dentaires, incinération, lampes à basse consommation, instruments médicaux, etc.)
Des victoires, mais le combat reste entier :
Suite à notre action, Jean-Louis Borloo et Chantal Jouanno ont annoncé très rapidement la mise en place de différentes campagnes de mesures dans l'air autour de ces sites. A l'heure actuelle, soit plus de deux ans après les faits, seuls deux sites ont fait l'objet d'une telle campagne, celui d'Arkema à Jarrie dans l'Isère, et de SPCH à Harbonnières dans la Somme.
Une victoire est à noter tout de même sur le site d'Arkema à Jarrie dans l'Isère, où l'abandon de la technologie au mercure, et son remplacement par une technologie alternative n'en utilisant plus, ont été actés et programmés, moyennant une participation financière importante de l'Etat.
Il y avait dans la démarche de FNE une volonté de favoriser des bénéfices collatéraux. Elle permettait de réduire les impacts, très lourds, de ce secteur d’activité sur l’environnement et la santé des populations et travailleurs, de viabiliser l’outil industriel local, de renforcer la compétitivité du site et de maintenir les emplois et la qualification des employés. Cette conversion a aussi l’avantage de réduire les périmètres d’exposition des populations aux risques d'accidents majeurs.
En parallèle, Chantal Jouanno a officialisé la mise en place d'un Secrétariat Permanent pour la Prévention des Pollutions Industrielles à Grenoble (S3PI), demande portée par nos associations membres locales depuis plusieurs années.
Il y avait dans la démarche de FNE une volonté de favoriser des bénéfices collatéraux. Elle permettait de réduire les impacts, très lourds, de ce secteur d’activité sur l’environnement et la santé des populations et travailleurs, de viabiliser l’outil industriel local, de renforcer la compétitivité du site et de maintenir les emplois et la qualification des employés. Cette conversion a aussi l’avantage de réduire les périmètres d’exposition des populations aux risques d'accidents majeurs.
En parallèle, Chantal Jouanno a officialisé la mise en place d'un Secrétariat Permanent pour la Prévention des Pollutions Industrielles à Grenoble (S3PI), demande portée par nos associations membres locales depuis plusieurs années.
La campagne "Air" menée par l'Etat qui s'est déroulée dans la Somme à Harbonnières a permis de confirmer nos craintes : les rejets en mercure du site SPCH sont importants et appellent à une modification de la technologie sans plus attendre. FNE, mobilisée sur ce dossier avec son association locale, reste très attentive à l'évolution de ce site en particulier.
Malgré ces quelques évolutions positives, et l'importante conversion du site d'Arkema en Isère, la situation reste préoccupante en France, et ceci alors même qu'au niveau international, l'ONU travaille à la mise en place d'un instrument juridique contraignant pour les Etats, en poursuivant l'objectif de réduire dès que possible les émissions de mercure dans le Monde. L'Union Européenne, de son côté, oeuvre à la définition d'une stratégie communautaire sur le mercure, basée sur 6 axes et visant principalement à réduire la quantité et la circulation du mercure dans l'UE et dans le monde ainsi que l'exposition des populations à cette substance.
En résumé, la conscience du problème et de l'urgence à le traiter efficacement est partagée par le monde scientifique et politique, mais la mise en oeuvre de programmes réellement engagés dans cette volonté se fait toujours attendre en France, hormis pour le cas de l'Isère.

Rapport FNE sur les pollutions au Mercure (1393.59 Kb)