Sommet de Copenhague sur le climat du 7 au18 décembre 2009
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Position de FNE sur REDD

Sommaire


Quantifier le rôle des forêts dans le cycle du carbone

Quantifier la déforestation évitée

Financer le REDD


La mise en place effective d’un mécanisme de Réduction des Emissions liées à la Déforestation et la Dégradation des forêts (REDD) se heurte à un certain nombre de difficultés méthodologiques et techniques, au sujet desquelles il va falloir trancher à Copenhague. De telles difficultés, qui imbriquent suivant les étapes qu’elles concernent, des aspects tant biologiques et physiques que technologiques, économiques et politiques, sont au cœur de la discussion sur le REDD : les réponses qui y seront apportées vont en effet façonner le dispositif, son efficacité et ses implications environnementales, économiques et sociales.
Un projet REDD s’articule en plusieurs phases, chacune nécessitant une expertise particulière :
- Evaluer les émissions dues à l’usage des sols (et en particulier à la déforestation et à la dégradation des forêts), ce qui implique de mesurer le taux de déforestation et de le traduire en émissions de CO2 ;
- Etablir un niveau d’émission de référence à partir duquel évaluer l’efficacité des projets REDD et de connaître la quantité de tonnes de CO2 dont ils ont permis d’éviter l’émission ;
- Déterminer et évaluer les stratégies de lutte contre la déforestation et/ou la dégradation des forêts, et s’assurer qu’elles sont bien additionnelles (c’est-à-dire que le projet postulant pour un financement REDD permet effectivement de réduire les émissions par rapport à ce qui aurait été fait hors REDD) ;
- Mettre en œuvre, contrôler et vérifier le déroulement et les résultats du projet ;
- Assurer le financement via la vente de crédit carbone, ce qui suppose d’avoir dessiné l’architecture du mode de financement (fonds multilatéral ou mécanisme de marché ?) et d’avoir traduit l’impact du projet en crédits CO2.
Les difficultés méthodologiques à résoudre sont donc de trois ordres, et malgré leur haut degré de technicité, ont une dimension politique forte. Pour FNE, Il faut :


Quantifier le rôle des forêts dans le cycle du carbone

La première difficulté est essentiellement scientifique : le terme de « forêt » regroupe un ensemble d’entités relativement hétérogène, des taïgas boréales aux jungles tropicales, en passants par les forêts boréales : on imagine bien que les mécanismes biologiques et physiques en jeu ne sont pas identiques dans toutes les forêts. Le REDD concerne en priorité les forêts tropicales, qui sont de loin les plus menacées par la déforestation actuelle, ce qui réduit le périmètre, mais pas toutes les difficultés. Les forêts demeurent en effet relativement mal connues, et des incertitudes persistent… ce qui n’est guère étonnant, compte tenu de la complexité des systèmes forestiers : aux interactions entre espèces (forcément nombreuses et diverses), il faut ajouter les interactions entre compartiments (biomasse aérienne, biomasse souterraine, humus, sol…) qui ont chacun un rôle à jouer dans le cycle du carbone. Evaluer les effets d’une forêt sur le cycle du carbone n’est donc pas chose facile ; connaître avec précision la quantité de carbone qu’elle absorbe, la quantité de carbone qu’elle émet, et la quantité de carbone qu’elle stocke non plus. Les projections sont encore plus incertaines, car il faut tenir compte des impacts du changement climatique à moyen et long terme, qu’on ne connaît pas non plus avec certitude.
Si on a une assez bonne estimation du rôle des forêts dans le cycle du carbone, traduire l’impact d’un projet donné de protection forestière en termes de réductions d’émissions chiffrées suppose une certaine finesse dans les méthodes et, surtout, une harmonisation mondiale, puisque le mécanisme a vocation à être international. Il faut en effet évaluer le taux de déforestation (par satellite et mesures de terrains, c’est la phase la moins problématique), évaluer le carbone stocké dans la forêt (mais le carbone stocké par quels compartiments : sol, biomasse aérienne, biomasse racinaire, ensemble ?), et évaluer les pertes de carbone dues à la déforestation.
Le SBSTA de la CNUCCC travaille actuellement dessus, tout comme le GOFC et le GIEC (qui a publié un guide de bonnes pratiques pour l’inventaire des émissions dues à l’affectation des terres, aux changements d’affectation des terres et à la foresterie). Néanmoins, compte tenu du fait que la science est loin d’être figée sur le domaine, les choix méthodologiques et techniques qui seront fait seront étroitement associés aux objectifs et au visage que l’on veut donner au REDD.


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Quantifier la déforestation évitée

Autre difficulté, liée de très prêt à la première : déterminer un niveau de référence par rapport auquel calculer les réductions d’émissions effectuées dans le cadre du REDD, ou, en d’autres termes, quantifier la déforestation évitée : il s’agit donc d’une trajectoire fictive d’évolution de la forêt si on ne change rien (« business as usual »). Ce point est crucial en ce qu’il va déterminer quels pays seront concernés par le mécanisme REDD ; en fonction de la méthode de quantification retenue, les pays favorisés ne sont pas mêmes.
Plusieurs méthodes sont envisageables : on peut se référer à une trajectoire historique, à la situation actuelle ou à des trajectoires futures projetées. Les trois options ont leur défauts et leur points faibles : la projection dans le future est évidemment très incertaine, mais la référence historique pourrait inciter les pays à déforester plus afin de pouvoir espérer plus de crédit.
Se pose également la question de l’intégration ou non des pays « vertueux », c’est-à-dire qui ne déboisent pas ou peu. En prenant pour référence des trajectoires de déforestation (fussent-elles passées, présentes ou futures), le REDD pourrait en effet apparaître comme une « prime aux déboiseurs », puisque ceux qui déboisent auraient accès aux crédits, alors que la situation de ceux qui protégeaient déjà leur forêt ne changerait pas, se voyant quelque part défavorisés (mais cela dépend aussi des motivations qui les poussaient à protéger la forêt et du coût de la protection).
On retrouve ensuite les difficultés liées à la quantification de la déforestation et à sa traduction en équivalent CO2 pour la mesure des effets des projets par rapport au niveau de référence.

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Financer le REDD

Dernière difficulté, la question du financement. Créer un mécanisme d’incitation économique, qui vise à rendre la protection de la forêt plus intéressante économiquement que sa dégradation et donc à compenser les coûts de la non exploitation (ou de l’exploitation mieux contrôlée) de la ressource forestière, suppose en effet de disposer de fonds conséquents.
Une possibilité serait de recourir à un fond multilatéral, qui pourrait être alimenté bénévolement, ou par exemple en utilisant les recettes générées par la mise aux enchères des quotas d’émissions. Chaque projets postulant au REDD se verrait attribuer un certain nombre de crédits REDD, correspondants à la réduction d’émissions qu’il entraîne, qui lui donnerait droit à un certain montant venant du fonds.
Des doutes ont cependant été émis quant aux capacités d’un fonds multilatéral à générer suffisamment d’argent à suffisamment long terme pour alimenter durablement le REDD. Est donc envisagé de mettre les crédits REDD sur le marché du carbone : les tonnes de CO2 évitées via un projet REDD seraient mises sur le marché et pourraient être achetées par un émetteur n’ayant pas rempli ses obligations de réduction. Cela permettrait à des pays industrialisés de compenser leurs émissions (industrielles ou énergétiques pour l’essentiel) en finançant des projets de protections des forêts dans les pays tropicaux – principe en soi contestable, c’est la raison
Néanmoins, un tel dispositif mis en place sans transition risquerait d’entrainer un afflux considérable de crédit carbone sur le marché lorsque les premiers projets REDD seront mis en place, ce qui entraînerait une baisse artificielle du prix du carbone et perturberait le fragile équilibre qui commence à se mettre en place. Pour éviter cela, certaines propositions se prononcent pour un mécanisme de financement hybride, qui serait lié au marché du carbone (en s’alignant sur le prix du carbone sur le marché) et/ou alimenté par lui, mais dans lequel les crédits REDD ne seraient pas fongibles avec les crédits d’émissions. La compensation des émissions industrielles par des projets forestiers ne serait donc pas possible.
C’est entre ces trois options que le débat sur le financement se joue, sachant qu’on envisage également des systèmes impliquant les trois avec une évolution dans le temps du poids de chacun : par exemple, commencer par financer par un fonds multilatéral, puis progressivement passer à un financement lié au marché pour assurer la transition vers un financement direct par le marché du carbone (proposition de l’Union of Concerned Scientists).


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